Il y a quelques années, lors d'une formation aux premiers secours, un formateur a été interrogé sur la possibilité pour un participant de s'absenter pendant une partie du cours. Cette personne avait récemment perdu un proche et certains scénarios risquaient de raviver de vives émotions. La demande était parfaitement compréhensible et personne n'a remis en question la difficulté de la situation.
Cela a soulevé une question plus complexe. Non pas celle de savoir si cette personne devait sauter un module, mais celle de l'impact sur l'organisation du travail lorsque la disponibilité de la bonne personne dépend de sa simple présence et de son état d'esprit. Car les urgences ne préviennent pas. Elles surviennent un mardi comme les autres, quelles que soient les circonstances, et frappent le premier venu.
La personne formée n'est pas toujours celle qui se trouve dans la pièce.
Chaque entreprise a sa propre liste. Deux ou trois noms, peut-être cinq, des personnes qui ont suivi la formation. Sur un document qui se lit comme une attestation de participation.
Puis, la réalité réduit considérablement la liste. Un intervenant est en vacances pour deux semaines. Un autre est en congé. Un troisième est en réunion avec un client, et le quatrième termine son quart de travail il y a une heure. En fin de compte, chaque après-midi, le nombre de personnes formées présentes dans le bâtiment est souvent bien inférieur à ce qu'indique le planning, et personne ne s'en aperçoit jusqu'à ce qu'un incident survienne.
Imaginez une semaine où la personne désignée pour intervenir en cas d'urgence est absente et où un collègue s'effondre à la cafétéria. La probabilité que ces deux événements se produisent simultanément est faible. Elle n'est pas nulle, et il arrive qu'une personne soit impliquée. Dans ce cas, l'intervention repose sur la personne présente, souvent quelqu'un qui ne s'est jamais porté volontaire.
Une préparation qui ne fonctionne que sur le papier n'est pas une préparation.
C’est là le défaut insidieux de la façon dont la plupart des lieux de travail conçoivent les premiers secours : la formation est associée à une fonction plutôt qu’à des personnes, et cette fonction est considérée comme toujours occupée.
Premiers soins Canada en constate régulièrement les conséquences. Une entreprise dont la liste des certifications est parfaitement à jour se retrouve malgré tout avec un service rempli de personnes qui se regardent, désemparées, car la personne compétente est absente ce jour-là. Le certificat était valide. La couverture, elle, était théorique.
Les entreprises qui résistent à la pression sont celles où la préparation est largement partagée plutôt que concentrée entre les mains de quelques personnes. Cela ne signifie pas certifier tout le monde, mais plutôt qu'un nombre suffisant de personnes ont été formées et sensibilisées à cette question, afin que la réponse ne soit pas compromise par l'absence d'une seule personne.
Cela ne s'arrête pas aux limites de la propriété.
Voici un aspect souvent négligé : c’est loin d’être au travail que l’on a le plus de chances d’utiliser sa formation aux premiers secours.
Cela peut arriver sur le quai du métro, dans la file d'attente d'un supermarché, dans un parc un samedi, pendant un match de foot sur le terrain voisin, lors d'une réunion de famille, à la patinoire, au camping, sur un parking. Les urgences surviennent partout où il y a du monde, et la plupart du temps, les gens ne sont pas au travail.
Dans ces moments-là, personne n'est désigné. Il n'y a ni comité, ni règlement, ni nom sur une liste. Il y a juste une foule de gens qui présument tous qu'une personne plus qualifiée va se manifester, et souvent personne ne le fait. Parfois, il n'y a même pas de foule. Un sentier, une rue déserte, un quai au petit matin, et la seule personne disponible est celle qui se tient là.
La formation suivie pour répondre aux exigences du travail ne reste pas confinée à l'entreprise. Elle s'inscrit aussi dans la vie personnelle de celui qui l'a suivie, et c'est là qu'elle a souvent le plus d'impact.
Les étapes sont la partie facile.
La plupart des gens peuvent apprendre les gestes de premiers secours. Les compressions, le rythme, les électrodes, la procédure à suivre en cas d'étouffement, tout cela s'apprend en une journée, et la grande majorité des personnes repartent capables de réciter les gestes.
Aucun cours ne peut vous donner la capacité de le faire. Il y a un gouffre entre savoir quoi faire et le faire quand une autre personne est à terre devant vous, alors que la panique s'empare de vous et que tous les présents retiennent leur souffle. C'est dans cet écart que réside la véritable capacité d'intervention, et elle ne se comble pas par une mémorisation plus poussée.
La compétence la plus utile est d'avoir déjà imaginé cette situation et d'avoir accepté qu'elle arrive à de vraies personnes. Parfois un collègue. Parfois un inconnu sur un quai.
Une bonne formation permet aux gens d'affronter la réalité.
C’est pourquoi Premiers soins Canada a toujours cru qu’une formation de qualité devait aller au-delà de l’enseignement des procédures. Elle devait permettre aux participants de se confronter à une véritable situation d’urgence, dans un contexte où les enjeux sont nuls et où ils ont le temps de réfléchir.
C’est là que l’instructeur compte plus que le programme. Les sessions de Premiers secours Canada sont animées par des personnes ayant une expérience concrète d’interventions d’urgence, et cela se ressent dans leur pédagogie. Ils ne se contentent pas de présenter des diapositives. Ils décrivent la réalité du terrain, les erreurs courantes, l’impact du bruit et de la confusion sur la réflexion, et ce qu’il faut faire pour agir quand personne d’autre ne le fait. Les participants s’en souviennent longtemps après avoir oublié le taux de compression exact, car cet enseignement est ancré dans la réalité.
Si ces réalités ne sont jamais abordées lors des formations, la première fois qu'une personne y est confrontée, c'est au beau milieu d'une véritable urgence, que ce soit dans une cafétéria ou sur un trottoir.
Chacun dans la pièce a un emploi
La formation a tendance à se concentrer sur l'intervenant, comme si tous les autres n'étaient que du décor. Or, ce n'est pas le cas. Les témoins influencent le déroulement des faits, parfois plus que la personne formée elle-même.
Il faut que quelqu'un appelle le 911 et reste en ligne. Il faut que quelqu'un aille chercher le défibrillateur et le rapporte, ce qui n'est possible que s'il sait où il se trouve. Il faut que quelqu'un accueille les ambulanciers et les accompagne à l'intérieur, car un bâtiment qu'on traverse en quatre minutes ne devient pas plus simple sous la pression. Il faut que quelqu'un dégage l'espace pour les secouristes. Nul besoin de certification pour tout cela. Il suffit d'y avoir réfléchi une seule fois.
C’est pourquoi Premiers soins Canada recommande d’inclure le personnel non formé dans les discussions sur les scénarios d’urgence. Non pas pour le former, mais pour qu’il ne reste pas inactif. Plus il y a de personnes impliquées, moins il y a de panique. Et ce même réflexe est universel. Une personne qui a déjà réfléchi à qui appeler le 911 au travail n’hésitera pas sur un quai de transport en commun.
Être prêt, c'est un rythme, pas une carte dans un portefeuille.
Les certifications sont généralement valables trois ans, ce qui peut facilement être interprété comme une période de trois ans de préparation. En réalité, la plupart des gens oublient une part importante de ce qu'ils ont appris en quelques semaines seulement. Les compétences s'estompent lorsqu'elles ne sont pas utilisées ; il s'agit d'un fait inhérent à la nature humaine plutôt que d'un défaut de la formation.
Il est donc important de maintenir à jour votre certification en suivant une formation adaptée à votre milieu de travail, qu'il s'agisse de la RCR/DEA niveau C, des premiers soins d'urgence, des soins de base ou des premiers soins intermédiaires. Premiers soins Canada offre toutes ces formations sur place, avec des instructeurs qui se déplacent jusqu'à vous. Ainsi, toute une équipe peut se former ensemble au lieu d'envoyer une seule personne. Les équipes formées ensemble interviennent ensemble.
Entre les cours, entretenez la conversation. Cinq minutes lors d'une réunion d'équipe, quelques fois par an, suffisent. Que ferait l'équipe si quelqu'un s'effondrait à la cantine, un jour où la personne habituelle est absente ? L'important n'est pas la réponse, mais le fait d'avoir posé la question.
Préparez la personne, pas le poste.
Il existe une version de cette conversation qui donne l'impression qu'on impose du travail supplémentaire à des personnes qui ne l'ont pas demandé. C'est plutôt le contraire.
Former quelqu'un, ce n'est pas lui confier une tâche. C'est s'assurer que, le moment venu, au travail ou ailleurs, il ne se retrouve pas démuni face à une telle situation. Nul ne peut prédire avec exactitude la réaction d'une personne avant d'y être confronté. L'objectif n'a jamais été la certitude absolue, mais plutôt de faire en sorte que, lorsque cela arrive – et cela arrive à la personne la plus proche plutôt qu'à la personne la plus qualifiée –, cette personne y ait déjà réfléchi.
Offrez à votre équipe une formation qui la prépare à toute éventualité, où qu'elle se trouve, sur firstaidcanada.com/first-aid-training.
FAQ
Que se passe-t-il si le secouriste formé est absent lorsqu'une urgence survient ?
La responsabilité de l'intervention incombe à la personne présente. C'est pourquoi Premiers soins Canada recommande de répartir la formation entre les quarts de travail, les services et les lieux plutôt que de la concentrer entre les mains de quelques personnes, et d'échelonner les renouvellements afin que les certifications n'expirent pas toutes en même temps.
La formation aux premiers secours en milieu professionnel est-elle utile en dehors du travail ?
Absolument. La plupart des urgences surviennent loin du lieu de travail : dans les transports en commun, dans les parcs, à domicile ou dans des espaces publics où personne n’est désigné et où les secours ne sont pas toujours disponibles à proximité. Les formations suivies dans le cadre d’une exigence professionnelle sont utiles partout.
Les employés non formés doivent-ils être inclus dans la planification des mesures d'urgence ?
Oui. Les témoins finissent par jouer un rôle, qu'ils le veuillent ou non : appeler le 911, aller chercher le défibrillateur ou accueillir les ambulanciers à la porte. De brèves discussions informelles, auxquelles tout le monde participe, permettent de réduire la panique et de permettre aux secouristes de se concentrer sur le patient.